Huit Clos² : une nouvelle qui vous plonge dans le Montréal de la fin des années 1960

Dans les années 1960, un vent de liberté et de renouveau a soufflé sur le monde entier. Dans le sillage des Beatles de John Lennon, le rock s’imposait comme la musique contestataire par essence. Aux États-Unis, on s’insurgeait contre la guerre du Vietnam et contre les lois ségrégationnistes (c’était le début du Mouvement des Droits Civiques). À Cuba, en Égypte, en Syrie et ailleurs, le socialisme s’imposait comme une alternative au « rêve américain ».

Et les anciens empires coloniaux vacillaient, sur tous les continents. Ce mouvement indépendantiste va également toucher le Québec, où « felquistes » (membres du FLQ, le Front de Libération du Québec) et « péquistes » (militants du PQ, le Parti Québecois, pendant politique du FLQ) vont engager un bras de fer contre le gouvernements de Pierre-Eliott Trudeau (fédéral) et de Robert Bourrassa (provincial) afin d’engager la Belle Province vers le chemin de l’indépendance.

C’est dans cette année 1969, louée par Serge Gainsbourg, que j’ai voulu vous plonger en écrivant une nouvelle se déroulant dans ce Montréal en plein changement. À quelques mois de la crise d’Octobre 1970, qui verra l’armée faire son entrée dans les rues de la métropole québecoise, l’été était brûlant. Découvrez Huit Clos².

En 1969, c’est aussi les débuts des Expos de Montréal, l’équipe locale de base-ball, qui participera à la MLS jusqu’en 2004 (la franchise déménagea ensuite à Washington D.C, et devint les Nationals de Washington).

Quartier Villeray – Montréal, Canada
19 juin 1969 – 15h23

Les vagues dessinées sur le mur de sa chambre lui rappelaient son Saguenay natal. Avec un peu d’imagination, il pouvait presque sentir l’odeur iodée du Fjord. Un doux réconfort dans de pareilles circonstances. 

Bien qu’il soit tout neuf – il l’avait posé il y a à peine trois mois – Simon regrettait déjà son choix de papier peint. S’il avait su qu’il allait passer autant de temps à le contempler, il en aurait choisi un autre. Un dont on se lasse moins vite. Cela faisait près de trente minutes qu’il représentait sa seule distraction. Et il avait peur qu’il le soit encore pour longtemps. 

Dans la cuisine, il entendait les deux hommes converser entre eux. Il prêta l’oreille pour tenter d’écouter ce qu’ils se disaient. La paroi était suffisamment mince pour distinguer leur voix, mais pas assez pour discerner leurs mots. Simon resta donc dans l’inconnu, ne sachant pas combien de temps il allait rester là, attaché sur son lit. 

Le Saguenéen repensa à comment tout cela avait commencé. Alors qu’il jouissait d’un peu de repos bien mérité, la sonnette avait retenti par-dessus la voix de Jim Morrison. Il avait donc arrêté sa platine – Waiting for the Sun, le dernier vinyle des Doors, attendra – et il était allé ouvrir. Sur le pas de sa porte, il avait trouvé deux golgoths d’une trentaine d’années, aux traits graves et aux physiques athlétiques. 

— Simon Cossette ? Is it you ? lui avait demandé l’un d’eux.

Simon avait à peine eu le temps de répondre d’un timide signe de tête qu’il reçut un violent coup de poing dans le foie. Il encaissa péniblement le choc en poussant un cri de douleur. Il tituba, vacilla puis s’écroula par terre. Les deux visiteurs surprise en profitèrent alors pour pénétrer à l’intérieur de l’appartement. Ils bâillonnèrent son propriétaire, pour qu’il n’alerte pas le voisinage, et le ligotèrent. 

Seul dans sa chambre, le Québécois ne comprenait pas. Il avait beau y réfléchir, il était convaincu de n’avoir jamais vu ces gars auparavant. La seule chose qu’il savait, c’était qu’ils étaient anglophones. Sûrement des habitants du West Island. À moins que ce ne soit des Américains ou des Ontariens. En ce moment, il y en avait de plus en plus à Montréal. 

Militants du Front de Libération du Québec dans la prison d'Archambault : Francis Simard, Bernard Lortie, Paul Rose, Pierre-Paul Goeffroy, Pierre Demers et Daniel Lamoureux
Dans les années 1960, des agents de la CIA viennent à Montréal pour prêter main à la GRC et à la SQ dans la lutte contre les attentats du FLQ. Sur cette photo, des militants « felquistes » incarcérés à la prison d’Archambault : Francis Simard, Bernard Lortie, Paul Rose, Pierre-Paul Goeffroy, Pierre Demers et Daniel Lamoureux.

Quant à la raison de leur présence, Simon pensait que cela devait avoir un rapport avec ce couple d’étrangers qu’il avait hébergé dans son appartement du rez-de-chaussée. Ce grand moustachu et cette petite brune étaient plutôt avenants, sympathiques même, quoiqu’un peu louches. Surtout après qu’ils lui aient demandé des pinces et du matériel pour crocheter une serrure avant de disparaître. Ils n’avaient plus donné signe de vie depuis trois jours. Maudits français! Le Saguenéen faisait tout pour vivre le moins dangereusement possible. Cela ne pouvait être qu’eux qui lui avaient attiré ces ennuis.


À quelques coins de rues de là
19 juin 1969 – 15h51

De sa chaise, le vieil infirme le trouvait intimidant. Il faut dire que du haut de son mètre 80, il l’était, avec ses épais cheveux noirs, sa moustache brune et son allure élancée. Tout l’opposé de Georges Deslauriers, un soixantenaire usé et handicapé.

— Tu comprends pas ce qu’on te dit ? Pas bouger! Hurla le moustachu.

Le vieillard obtempéra. Il avait déjà reçu assez de gifles comme ça. Assis dans son fauteuil, il ne bougeait plus un cil. Seules ses cellules olfactives – mises en exergue par la délicieuse odeur d’oeufs brouillés qui flottait dans la pièce – s’excitaient. 

— Calme-toi Jacques, on a besoin de lui en un seul morceau, intervint alors “Janou” depuis la cuisine. 

Suivant le conseil avisé de sa femme, le moustachu se calma aussitôt. Il sortit un paquet de Camel et s’en alluma une. À cette époque, on pouvait encore fumer à l’intérieur. D’ailleurs, en cette année 1969, les cigarettes étaient un peu comme la moustache ou les rouflaquettes : elles étaient des instruments de mode.  

— T’en veux une ? Tiens, vas-y, prends! Dit-il en jetant son paquet à Deslauriers. 

Ce dernier refusa, d’un geste dédaigneux. 

— Tu devrais vraiment penser à recommencer, tu sais ! Souviens-toi comme ça fait du bien dans ces moments ?

Le vieil homme se demandait ce qu’il avait bien pu faire pour mériter cela. Ce grand moustachu, il lui avait offert un boulot. Il avait même embauché sa femme. Et voilà comment ils le remerciaient! Cela faisait déjà trois jours qu’ils le séquestraient.

— Qu’est-ce que vous me voulez, hein ? lança-t-il. Je vous ai déjà dit, prenez tout! Mais laissez-moi…

Georges Deslauriers était riche. Son infirmité ne l’avait pas empêché de développer un certain sens des affaires. Le commerçant était à la tête d’une entreprise florissante. Mais ses ravisseurs ne semblaient pas intéressés par ses bibelots, ses peintures de maîtres ou ses meubles, bien qu’ils valussent pourtant leurs petits pesants d’or. Le couple avait d’autres projets, plus rémunérateur. 

L’otage s’auto-flagellait d’avoir autant manqué de jugement. C’est lui qui avait fait rentrer les loups dans la bergerie. Cela lui apprendra à embaucher n’importe qui, fussent-ils agréables au premier abord. Deslauriers n’avait rien contre les étrangers mais quand même, ces immigrés, on ne pouvait pas leur faire confiance, se disait-il… 

En 1969, Jean Drapeau (ici avec Jean Lesage, ex-Premier Ministre du Québec) était maire de Montréal. Plutôt fédéraliste, il s’opposait aux vélléités indépendantistes de ses administrés de l’époque.

Chez Simon Cossette
19 juin 1969 – 16h17

Au contact de l’eau, ses papilles frémirent. Cela lui procura un plaisir inouï, orgasmique même. Simon avait presque oublié cette sensation, tellement sa gorge s’était asséchée. 

— Ça va mieux ? lui demanda le grand blond.

Lui, c’était le gentil. En plus de lui avoir ramené à boire, il était le seul des deux mystérieux inconnus à ne l’avoir jamais frappé. Visiblement, ils jouaient au “bon flic” et au “méchant flic”. Une technique vieille comme le monde mais qui fonctionnait toujours. Simon avait déjà l’impression qu’une certaine complicité s’était créée entre eux. 

— Tu sais pourquoi on est là ? demanda encore ce grand gaillard. 

Simon ne répondit pas. Bien sûr qu’il le savait. Du moins, il s’en doutait. C’était à cause de ce couple qu’il avait hébergé dans son condo et qui avait disparu du jour au lendemain, après s’être équipé pour ce qui ressemblait à un cambriolage. 

L’autre homme, celui qui avait tuméfié ses lèvres et molesté son foie à coups de poing, s’immisça alors dans la conversation. Il était devenu lui aussi doux comme un agneau. À croire que la petite heure pendant laquelle Simon était restée dans la chambre l’avait calmé. 

— Tu connais des gens qui nous intéressent, poursuivit celui-ci.

Le Québécois avait vu juste. Il s’agissait bien de ces deux Français. 

— Mais qui êtes-vous? rétorqua-t-il. Des flics?

La question resta sans réponse. Au lieu de décliner leur identité, les deux armoires à glace exposèrent les faits reprochés à Simon, ce qui, pour ce dernier, était tout de même un progrès. 

— On s’intéresse à des personnes que tu as rencontrées lorsque tu étais à Cuba. Des Montréalais, avec qui tu as eu quelques contacts depuis ton retour ici. 

Simon fronça les sourcils. Il ne comprenait plus rien. À Cuba? Il y était bien allé au mois de mars, pendant la semaine de relâche (être professeur au sein des tous nouveaux CEGEP1 offrait quelques avantages) mais comment pouvaient-ils le savoir ? Et surtout de qui parlaient-ils? Contre toute attente, il ne s’agissait pas de ses locataires du dessous. Eux n’avaient jamais mis les pieds sur l’île de Fidel Castro. 

— Mais attendez… Qui ça?… Je comprends rien, balbutia Simon.

Ses deux interlocuteurs échangèrent un regard pour décider lequel des deux se lancerait en premier. Un léger moment de flottement s’installa dans la pièce. 

— Pierre Charrette et Alain Allard2, répliquèrent-ils finalement conjointement. 

Aussitôt, le coeur de Simon s’emballa. Une bouffée de chaleur incommensurable le saisit. Ses palpitations semblaient vouloir lui perforer la poitrine. Il savait ce que ces deux-là avaient fait. Voilà qu’on le soupçonnait désormais d’avoir des liens avec une entreprise terroriste!

— Mais… Je… J’ai… 

À la fin des années 1960, les rockeurs de Woodstock ou les étudiants de Mai 68 n’étaient pas les seuls à avoir été gagnés par la fièvre de liberté. Un souffle d’émancipation avait également soufflé sur les peuples des quatre coins du monde3. Pendant que John Lennon organisait un “bed-in” à Montréal4, le FLQ (Front de Libération du Québec) plongeait la Belle Province dans une série d’attentats et d’opérations coups de poings qui débouchèrent sur la crise d’octobre. Pierre Charrette et Alain Allard, ceux avec qui on accusait Simon d’avoir des accointances, étaient de ceux-là. Le 5 mai dernier, ils avaient détourné un vol de la National Airlines à l’aéroport de LaGuardia (New York). 

Louise Lanctôt, Jacques Cossette-Trudel et leur fils Alexis lors de leur exil à Cuba
Le FLQ eut des ramifications à l’étranger. Certains felquistes rejoignèrent l’Algérie, berceau de la lutte contre la colonisation. D’autres trouvèrent refuge en France (comme François Mario Bachand, qui mourut d’ailleurs à Saint-Ouen – banlieue de Paris – en 1971). À la suite de l’enlèvement de Richard Cross (crise d’octobre), le couple Cossette-Trudel s’exila lui à Cuba.

Retour chez Georges Deslauriers 
19 juin 1969 – 17h03

La dégustation des œufs brouillés fut perturbée par la sonnerie du téléphone. Mais les Français prirent plutôt bien le fait d’être dérangés pendant leur repas. On disait pourtant que, culturellement, ce moment était sacré de l’autre côté de l’Atlantique. À moins que cela soit parce que les Parisiens attendaient une bonne nouvelle. 

Ils jetèrent leur fourchette dans leur assiette et se précipitèrent vers le combiné. 

— Alors, vous avez réfléchi à notre proposition ? dirent-ils en décrochant. 

À l’autre bout du fil, une voix tremblante se fit entendre. 

— 200 000, c’est ça? 

— Exactement. Et en dollars américains s’il-vous-plaît. Vous savez, ceux avec Benjamin Franklin dessus, fanfaronna le grand moustachu. 

De sa chaise, Georges Deslauriers assistait à toute la scène. Impuissant, il hurla, espérant ainsi se faire entendre par la personne au téléphone.

— Non ! Ne paye pas ! Ils bluffent, ils ne me toucheront pas. Ce sont des lâches. S’ils devaient s’en prendre à moi, ils l’auraient déjà fait. 

À travers le combiné, il avait reconnu la voix rauque de son frère qui tentait de négocier sa liberté. Avides d’argent facile, le couple exigeait en effet une rançon pour relâcher le vieil handicapé. 

— Ne leur donne pas ce qu’ils veulent, s’égosillait Deslauriers. 

Ses ravisseurs commençaient à trouver que les vociférations de l’infirme faisaient trop de bruits. Le Parisien donna alors le combiné à sa compagne. Il se dirigea ensuite vers l’otage. Arrivé à sa hauteur, il passa la main sous sa chemise et dégaina le revolver qu’il portait discrètement à la ceinture. 

— Si tu pouvais fermer ta gueule, ça arrangerait vraiment tout le monde là! dit-il au vieillard en posant le bout de son canon entre ses deux yeux. 

Deslauriers s’exécuta et se tut. Il ne savait pas si le Français aurait vraiment été capable de tirer ou non. Mais dans le doute, mieux valait ne pas tenter le diable. Il ne voulait pas prendre le risque. Il avait décelé dans les yeux de ce grand con un brin de folie qu’il n’avait pas envie de provoquer. Dommage que son expérience ne lui ait pas permis de déceler cela avant…

Car ce grand moustachu n’était autre que Jacques Mesrine. Avant de devenir l’ennemi public numéro 1 de l’autre côté de l’Atlantique, il fit un séjour ici, au Québec, avec Jeanne Schneider, sa partenaire de crime. Il commit divers délits (et même quelques crimes) sur le sol canadien, ce qui lui valut d’être incarcéré au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul de Laval en 1972, d’où il s’évadera5.

Jacques Mesrine, l’un des criminels français les plus célèbres, séjourna au Québec à la fin des années 1960 / début des années 1970.

Quelques mètres plus loin à vol d’oiseau
19 juin 1969 – 17h48

Lorsqu’il vit ce volatile de l’autre côté du carreau de sa cuisine, Simon en fut presque ému. Il enviait le sentiment de liberté dont semblait épris ce geai bleu. Lui pouvait déplier ses ailes et s’envoler, vers la rue d’après, le parc Jarry ou les Laurentides. Autant de libertés dont lui était privé. Le Saguenéen était cloué sur son canapé, retenu par deux inconnus. Ses fenêtres étaient ses seules ouvertures sur le monde. Il se sentait comme en prison. 

L’un de ses deux ravisseurs, le “gentil”, s’accroupit en face de lui, le regard empli de bienveillance, un peu comme un professeur qui souhaitait donner un conseil à un élève. 

— Alors voilà, on te propose un marché, dit-il en lui posant doucement la main sur le genou. 

Simon était tout ouïe. Il était prêt à tout pour que tout cette galère s’arrête le plus rapidement possible.

— Comme tu le sais sûrement, le risque terroriste est en train de plonger le Québec dans une grave crise. Le FLQ est partout et nulle part à la fois. Pour les mettre hors d’état de nuire, notre prochaine bataille à gagner est celle du renseignement. Et pour cela, on a justement besoin de “sources”, de gens qui nous renseignent.  

Ce que mon collègue veut dire, renchérit son compère, c’est qu’on te propose de nous aider. Tu connais des membres du réseau Geoffroy. Tu les as rencontrés. Tu les as côtoyés. On veut que tu rentres en contact avec eux, que tu te rapproches d’eux, et que tu nous renseignes sur tous leurs faits et gestes. 

Estomaqué, le natif de l’Anse-Saint-Jean serait tombé à la renverse s’il n’avait pas été déjà assis. On lui demandait de devenir un traître. Il n’était pas membre du FLQ, mais il soutenait leur combat. Le Québec Libre, il en rêvait. Il le souhaitait. Dans cette lutte sanguinaire qui avait divisé la Belle Province depuis six ans, son cœur avait versé du côté des bleus plutôt que celui des rouges. Même s’il n’était pas toujours d’accord avec l’usage de la violence à laquelle recourait le FLQ, il lui était hors de question de trahir des personnes qui luttaient pour l’indépendance du Québec. Et surtout, de le faire pour le compte d’anglophones.

René Levesque, leader du PQ (Parti Québecois), militait lui aussi pour l’indépendance du Québec mais il comptait l’obtenir de manière démocratique, par les urnes, plutôt que par les armes. C’était là le point de rupture entre « felquistes » et « pequistes ».

— Mais vous êtes qui ? demanda-t-il.

Ses deux interlocuteurs répondirent, un sourire en coin : 

— C’est vrai qu’on ne s’est pas présentés. Capitaine Mullnoray et Lieutenant Gendron, de la GRC. Enchanté.

Dans les années 1960, tous les moyens étaient bons pour la Gendarmerie Royale du Canada pour lutter contre les indépendantistes québécois. Elle était même aidée dans sa besogne par certains enquêteurs de la SQ (Sûreté du Québec) et quelques consultants américains venus de Langley (le siège de la CIA). Séquestrer des proches du FLQ et les “convaincre” de devenir informateurs pour leur compte était une méthode très usitée à cette époque. Les dérives de la GRC en matière de renseignement avaient d’ailleurs conduit Ottawa à lui enlever cette prérogative en 1983 pour créer le SCRS (Service Canadien du Renseignement de Sécurité). 

Ce soir, alors que Jacques Mesrine et Jeanne Schneider retenaient en otage Georges Deslauriers à seulement quelques mètres de là, les enquêteurs de la GRC n’avaient d’yeux que pour le FLQ. Lorsque le vieil handicapé réussit finalement à s’échapper, les Français eurent tout le loisir de prendre la direction de la Gaspésie. Là-bas, à Percé, les deux criminels croisèrent la route d’Évelyne LeBouthillier, propriétaire du motel Les Trois Soeurs, qui fut ensuite retrouvée assassinée le 29 juin 19696. Au moins une vie aurait été sauvée si la police avait porté autant d’attention à Jacques Mesrine qu’au FLQ… 


Notes:

1. Les Collèges d’Enseignement Général et Professionnel (CEGEP) ont été créés par la réforme de l’éducation des années 1960. Les premiers d’entre eux ont vu le jour en 1967.
2. Membres du réseau Geoffroy du FLQ (Front de Libération du Québec).
3. Le FLQ revendiquait l’indépendance du Québec, l’IRA celle de l’Irlande du Nord, le FLNC (Front de Libération National Corse) celle de la Corse et l’ETA celle du Pays Basque.
4. Le 26 mai 1969, John Lennon et sa femme Yoko Ono organisent un évènement “au lit pour la paix” à l’hôtel Fairmont The Queen Elizabeth de Montréal.
5. George Deslauriers, lui, eut plus de chances puisqu’il réussit finalement à s’échapper, avant que le couple Jacques Mesrine-Jeanne Schneider n’eut le temps de s’en prendre à lui ou d’encaisser la rançon de 200 000$ qu’ils avaient demandée.
6. Lire le livre « Mesrine, le tueur de Percé : une fraude judiciaire » de Clément Fortin (Éditions Wilson & Lafleur, 2012) pour en savoir plus sur cette escapade meurtrière de Mesrine au Québec.

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