De la Crimée au Haut-Karabakh (Azerbaïdjan) en passant par la Biélorussie: l’itinéraire exotique du footballeur Anthony Cattin

Lorsque je me suis lancé dans l’écriture de mon premier roman, j’avais déjà décidé de faire de l’un des personnages central d’Al Baas un savoyard. Une force de la nature née au milieu des montagnes pour qui le sport sera le moyen le plus simple de monter dans l’ascenseur social.

Pour mon second, j’ai donné vie à son cousin, lui aussi d’ascendance savoyarde donc, mais qui lui avait grandi, comme moi, dans le Rhône. Celui-ci est également sportif de haut niveau. Il est footballeur professionnel. Un gardien de but qui n’a jamais réussi à percer en France et qui, pour faire décoller sa carrière, a dû partir à l’étranger. L’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 m’avait, à l’époque, beaucoup intéressé. Utilisant cette liberté que procure la création, j’ai choisi de faire jouer cet Anthony Cattin là-bas. Au FK Sebastopol, un club ukrainien basé en Crimée qui se retrouvera, de fait, exclu du championnat d’Ukraine (Sebastopol étant devenu alors un territoire russe, non administré par Kiev).

L’idée m’était venu de faire de mon personnage un témoin de premier ordre des régimes dits « totalitaires » d’Europe de l’est. Après que Vladimir Poutine ait mis fin à ses tribulations dans le championnat ukrainien, mon imagination a emmené Cattin en Biélorussie, au Bate Borisov, un pays qui a fait récemment l’actualité (en raison de la réélection contestée d’Alexandre Loukachenko) mais dont, à l’époque, on ne parlait pas.

Puis, j’ai fait poser à mon personnage ses valises en Azerbaidjan, un riche état d’Europe central (grâce au gaz et au pétrole) dirigé d’une main de fer par un homme à poigne, Ilham Aliyev. Au moment où j’écrivais Bien Paraître, on ne parlait pas non plus de cette ancienne République d’URSS. Je l’ai simplement envoyé là-bas parce que je savais que les petro-dollars permettaient au Kazakhstan et à l’Azerbaidjan d’attirer certains footballeurs avides d’argent (et peu regardant sur le challenge sportif). Dans son nouveau club, il retrouvera notamment un autre français, l’ancien lensois Abdellah Zoubir, arrivé dans le Caucase en 2008.

Anthony Cattin (gardien de but) posant sous ses nouvelles couleurs du Qarabağ FK lors d'un match de Unibank Premyer Liqası (championnat d'Azerbaidjan)
De la Crimée au Haut-Karabagh (Azerbaidjan) en passant par la Biélorussie, Anthony Cattin, le personnage principal de Bien Paraître a été un témoin de la géopolitique actuelle.

J’ai choisi de faire jouer Anthony Cattin au Qarabağ FK, un club de province, situé à Agdam…. dans le Haut-Karabakh. Cette région azerbaidjanaise peuplée d’arméniens qu’il est désormais inutile de présenter. Pourtant, au moment où j’ai écrit mon roman, il y a quelques mois, elle était totalement inconnue du grand public, bien qu’elle eut déjà autoproclamée son indépendance, qu’elle avait déjà fait l’objet de plusieurs combats armés entre l’Azerbaidjan et l’Arménie et que le Qarabağ FK ne jouait déjà plus dans son stade du Nagorno-Karabakh (mais à Bakou, la capitale) pour des raisons de sécurité.

Sans le vouloir, j’ai donc donné vie à un témoin privilégié des tensions géopolitiques qui ont déchiré l’Europe au cours des dernières semaines. Ce n’était pourtant pas mon objectif initial mais après tout, pourquoi pas ? Parfois la réalité rattrape la fiction. Sur ce, je vous laisse découvrir le match le plus important d’Anthony Cattin (et je vous rassure, pas besoin d’être passionné de ballon rond pour l’apprécier) : sa quête de vérité sur sa famille.

Né en 1987 dans la région lyonnaise, Sébastien Mayoux vit depuis 2015 de l’autre côté de l’Atlantique, au Canada. Sorti en 2018, Al Baas : l’ennemi de l’intérieur est son premier roman.